samedi 14 octobre 2017

ROMAN /// AU REVOIR LA HAUT : un roman, une BD et un film pour trois réussites !


AU REVOIR LA-HAUT

DE PIERRE LEMAITRE

 

 
 
Extrait :
 
 « Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu’à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu’elles s’écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande. »

 
 
 
 
 
Quand un livre commence avec ces lignes, l’on comprend tout de suite qu’on a affaire à un ton particulier, signe d’un véritable romancier, ce qui s’avérera jusqu’à l’épilogue. Son écriture est efficace, nette, précise et non dénuée d’humour noir.

 Avant ces quelques lignes, il y a aussi cette très belle épigraphe qui donnera son titre au livre :« Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse... ».  Ces phrases sont extraites d’une lettre écrite le 4 décembre 1914 par Jean Blanchard  qui fut fusillé pour l’exemple puis réhabilité en 1921.

 Le récit commence en novembre 1918, peu de temps avant l’armistice. Pour le soldat Albert Maillard c’est le début de l’espoir de se sortir vivant de cette boucherie, pour le lieutenant d’Aulnay-Pradelle c’est l’urgence de se distinguer quitte à envoyer à la mort ses soldats. Ce sera l’assaut meurtrier de la cote 113 scandaleuse à plus d’un titre !

 Puis viendra la paix, la démobilisation et le retour à la vie civile pour nombre d’estropiés et « gueules cassées » de cette guerre des tranchées, avec la difficulté à se réinsérer. C’est qu’il est difficile de sortir indemne de corps et d’esprit après avoir vécu et vu tant d’horreurs et d’ignominies. Cette période d’après-guerre nous sera présentée par le romancier avec beaucoup d’intérêt.

 Parmi les protagonistes de l’histoire, tout réussit à Henri d’Aulnay-Pradelle qui, après un riche mariage, trempe dans des magouilles totalement immorales se faisant sur le dos de l’Etat et des soldats morts. Pour lui , tout est bon pour s’enrichir et restaurer son domaine. « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

 A contrario Albert Maillard et son camarade Edouard sont dans la pauvreté, comme nombre d’anciens « Poilus » jusqu’à ce qu’une idée germe dans l’esprit du second : vendre des monuments aux morts aux communes ! Les vendre, non les construire...

 Ce livre, qui a obtenu le prix Goncourt 2013, est véritablement captivant du début à la fin et nous suivons avec suspens les deux escroqueries dont l’une est vraie et l’autre fictive, mais tout aussi révélatrices de l’immoralité du monde. 
 
Une adaptation en BD en a été faite en 2016 avec des illustrations de Christian de Metter.
Assez peu de dialogues et de textes, juste ce qu'il faut pour suivre l'histoire racontée en bandes dessinées. Une belle réussite même si le récit est plus "réducteur" que dans le roman, ce qui me fait penser qu'il est préférable de lire d'abord le roman et ensuite la BD.  
 


 
Une œuvre déclinée sur deux supports (roman, BD) qui donne envie de voir maintenant la version cinéma avec Albert Dupontel.
 
Bonnes et belles lectures !
 
JC Togrège
14/10/2017
 

Ajout du 22/12/2017 :

Nous venons enfin de voir le film réalisé par Albert Dupontel, et c'est une réussite. Si vous ne l'avez pas vu, courrez-le voir, il est encore dans quelques salles !

Albert Dupontel , en tant que réalisateur, a totalement respecté l'esprit du livre et des personnages, tout en apportant quelques petites modifications dans le récit. 

Il en reste des images graves sur la guerre 14/18, des situations immorales, des envolées loufoques (mais pas tant que pouvait le suggérer la bande annonce) et l'esprit révolté de Dupontel toujours aussi bon comédien.

Il faut souligner la performance de Nahuel Perez Biscayart dont le jeu se fait par le regard (il ne peut plus parler !), la guerre ayant fait de lui une "gueule cassée" qu'il cache avec des masques plus ingénieux les  uns que les autres.

Un film qui accapare totalement l'attention, tant par le fond dramatique que par la forme visuelle inventive.

Cinéphilement vôtre

JC Togrège
 

 
 

1 commentaire:

  1. J'ai très envie de voir le film. Je ne connais pas la BD. J'ai travaillé sur les monuments aux morts de l'arrondissement de Reims en 2013 avant la sortie du livre de P Lemaître et ai pu constater combien le roman était super bien documenté. Je viens de découvrir seulement le P Lemaître auteur de romans policiers plus classiques. Bonne continuation, j'attends "votre" lecture de Proust... Merci

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