lundi 24 mars 2025

CINE /// ON IRA de Enya Baroux : un film d'une grande humanité !

ON IRA
DE ENYA BAROUX
avec Hélène Vincent, Pierre Lottin, David Ayala, Juliette Gasquet.


Maria est une vieille femme qui sait ce qu'elle veut et surtout ce qu'elle ne veut pas. Elle est très malade, se sait condamnée et refuse de mourir dans un hôpital après une déchéance indigne.

Sa décision est prise. Elle va se rendre en Suisse pour un suicide assisté. Le plus difficile reste de l'annoncer à sa famille, ce qu'elle compte faire sur le route la menant vers son dernier voyage, qu'elle présente comme un rendez-vous chez un notaire.

Sur un sujet difficile, Enya Baroux a fait un film solaire d'une vitalité étonnante. Il y a de la fantaisie, de l'humour, de l'émotion, de la profondeur, de la réflexion, de la tendresse.



Les quatre acteurs principaux sont excellents servis par des dialogues de grande justesse. Il y a bien sûr Hélène Vincent, dans le rôle de la vieille dame, David Ayala qui tient le rôle du fils immature, Pierre Lottin auxiliaire de vie embarqué dans cette aventure. Et puis il y a aussi une jeune actrice, Juliette Gasquet, qui m'a chaviré d'émotions. Les regards qu'elle échange avec sa grand-mère sont d'une profondeur remarquable. Il est en de même lorsque le trop plein de chagrin la fait courir, courir....Rien que d'y penser, j'en suis encore ému.

Je n'oublierai pas le rat Lennon et le tube "Voyage, voyage" qui accompagne le récit, la version originale bien sûr, mais aussi celle de Barbara Pravi, sans oublier les personnages la reprenant dans le récit.

Un film d'une grande humanité que je recommande.

Cinéphilement vôtre.

J-C Togrège
24/03/2025




samedi 15 mars 2025

LIVRE /// LA PETITE BONNE de Bérénice Pichat : un livre à la structure atypique

 LA PETITE BONNE
BERENICE PICHAT



J'ai été séduit par la structure atypique et très originale de ce roman avec différents modes de narration.

Tout à fait à gauche, c'est la voix de la Petite Bonne sous forme d'un poème en prose avec des phrases très courtes.

Quand le texte occupe toute la place avec de plus longues phrases, c'est le couple qui parle, tantôt Monsieur, tantôt Madame.

Et enfin, sur la droite, c'est une troisième narration que je n'ai comprise qu'à la fin, ce qui m'a fait relire uniquement cette partie depuis le début.

Rien que pour cela, ce roman vaut le détour car il nous fait sortir de notre zone de confort habituelle en tant que lecteur.

 

Cela seul n'aurait pas suffi, il fallait aussi un récit consistant et c'est le cas ici.

Le roman tourne autour d'un invalide de la guerre 14/18, et plus précisément de ceux que l'on appelait des gueules cassées. M. Daniel vit reclus dans sa maison, ne voulant pas se montrer sans mâchoire, sans jambes et sans mains. Il était pianiste et vivait pour la musique, et cela fait vingt ans qu'il survit avec l'aide de la morphine. Il n'en peut plus et n'a qu'une idée en tête, en finir mais comment faire ?

Mme Daniel, quant à elle, a laissé sa vie de côté pour s'occuper de son mari. Recluse, elle l'est aussi, et cela il ne le supporte plus, il veut lui redonner l'envie de sortir, de rencontrer d'autres gens.

Enfin, il y a la Petite Bonne, domestique qui travaille chez plusieurs couples bourgeois. Elle est courageuse, travailleuse, et prend la vie avec fatalité.

A l'occasion d'un court voyage de Madame, la Petite Bonne va se retrouver plusieurs jours seule avec celui qu'elle nomme au début "Le Vieux" puis qu'elle nommera "Monsieur".  Le roman prend alors la forme d'un huis clos passionnant et déchirant.

" Elle le sèche
du mieux qu'elle peut
partout
dans les plis
sans pudeur
Elle n'existe pas longtemps
la pudeur
quand on ne peut pas se laver
ni s'essuyer tout seul
C'est un mot lointain
c'est un mot étranger
qu'on n'utilise plus
il a eu du sens
autrefois."




Bonne lecture !

J-C Togrège
15/03/2025

jeudi 27 février 2025

LIVRE /// TRILOGIE : faire vivre plus longtemps les êtres de papier

 TRILOGIE

Je viens de lire la dernière parution de deux trilogies particulièrement réussies dans des registres différents.

Une trilogie, c'est faire un bout de chemin avec des personnages ou une famille auxquels l'on s'attache et que l'on  retrouve et voit évoluer au fil des romans et des décennies. Les protagonistes deviennent plus que des êtres de papier, l'on a comme l'impression d'avoir affaire à des personnes que l'on connait. Comme il est agréable de les retrouver de tome en tome, même si parfois il faut s'armer de patience pour avoir la suite !

Non seulement, on connait leurs histoires mais aussi leurs sentiments, leurs ressentis, leurs failles, leurs réussites, tout ce qu'ils ont déjà vécu dans les romans. C'est comme rendre visite à des bons amis que l'on n'a pas vus depuis un moment.



Je commencerai par "J'emporterai le feu" qui clôt la fresque familiale et historique "Le pays des autres" de Leïla Slimani, une trilogie mêlant le Maroc et la France de 1940 à 2000.

Bien que le focus soit mis ici sur les deux sœurs Mia et Inès, éprises de liberté et d'émancipation, nous retrouvons aussi Mathilde et Amine (les grands-parents) et les parents (Aïcha et Medhi). 

Un récit captivant, des sujets de réflexion et une très belle écriture.  Une très grande autrice !

" Si le feu brûlait ma maison, qu'emporterais-je ?
J'emporterais le feu"  - Jean Cocteau



Autre réussite avec un "Un avenir radieux" qui termine "Les années glorieuses.

Pierre Lemaitre, c'est une imagination des plus fertiles, des personnages haut en couleurs et des rebondissements. Il y a aussi comme un roman d'espionnage qui s'intègre très bien dans cette saga familiale .

Ah la famille Pelletier ! L'infecte Geneviève et son mari Jean, assassin à ses heures quand la pression est trop forte, le joli couple formé par Nine et François le journaliste, la formidable Colette sans oublier le chat Joseph. Et j'en oublie ! 

Ici suspense en pleine guerre froide avec un lecture qui devient vite addictive comme souvent chez Pierre Lemaitre, auteur populaire de grande qualité.


Bonnes lectures avec des livres qui nous emportent...

J-C Togrège
27/02/2025


vendredi 21 février 2025

CINE /// PETIT PAYSAN de Hubert Charuel

PETIT PAYSAN
de Hubert Charuel
avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau,
 Isabelle Candelier, Bouli Lanners


Je ne fais jamais de chronique sur un film passé à la télé.

Si j'en fais une pour "Petit Paysan" c'est parce que cet excellent film, que j'avais manqué à sa sortie, reste disponible sur la plateforme de ARTE jusqu'au 20 mars 2025, et que ce serait dommage que vous le manquiez.

Hubert Charuel, qui crève l'écran du début à la fin, joue le rôle de Pierre, un jeune agriculteur qui a repris la ferme familiale. Il est éleveur de vaches laitières et très attaché à ses animaux qui tous ont un nom.

Mais voilà qu'un virus se propage et il craint pour ses vaches, car si l'une est contaminée ce sera le troupeau entier qui sera abattu.

Alors quand l'une tombe malade, il ne se résoudra pas et fera tout pour sauver ses autres vaches.


Ce film dépeint très bien une certaine forme de monde paysan, celui qui tend à disparaître pour être remplacé par de très grandes exploitations.

La vie n'est pas toujours facile pour Pierre, car ses parents (surtout sa mère) l'étouffent un peu, et le travail ne manque pas.

Le cinéaste a su filmer magnifiquement les regards, tant de l'acteur principal que celui des vaches, ceci dit sans ironie aucune, car les échanges entre eux sont bien réels. 

En plus de tout cela, l'histoire est des plus prenantes, il y a du suspens et de l'émotion.

Et enfin, comment résister au petit veau ?

Cinéphilement vôtre.

J-C Togrége
21/02/2025

mardi 18 février 2025

LA P'TITE QUATRIEME

 LA P'TITE QUATRIEME
DEJ-C TOGREGE

 


illustration de J-J Dumont


Une jolie petite fille pointa son nez le 10 janvier 2025, ce qui fit passer à quatre le nombre de nos petits-enfants.

L'expression "pointer son nez" n'est à vrai dire pas très adaptée, car trop avide de savourer le monde, elle voulut naître la bouche en avant, sa façon à elle d'embrasser toute de suite la vie. Ceci occasionna quelques désagréments à la maman (notre fille, la P'tite Dernière) lors de l'accouchement...

Circé, voici le joli prénom dont ses parents la dotèrent.




Dans la mythologie grecque, Circé était une magicienne puissante qui n'hésitait pas à transformer en animaux quiconque l'offensait.

Est-ce que cela préfigure une femme qui alliera force et féminité ?

Ou bien, sa magie à elle sera t-elle de transformer son existence en moments de beauté, de pureté et d'épanouissement ? 

Tant de questions lors d'une naissance !

Quand un enfant de notre famille vient à la vie, je le regarde, toujours émerveillé,  et m'interroge sur ce que sera sa personnalité, sur ce que pourront être ses  qualités, ses dispositions, ses passions, ses désirs, son rapport au monde.

Evidemment, il ne s'agit que de supputations car qui saurait dire ce qui se cache dans le regard d'un être neuf.

Ce que je te souhaite, Circé, c'est de trouver dans ton devenir tout ce qu'il te faudra pour vibrer et être heureuse.

Quant à moi, j'espère vivre assez longtemps pour voir ce que la Vie destinera à chacun de mes quatre petits-enfants.

Bienvenue à la P'tite Quatrième !

J-C Togrège
18/02/2025


tricoté par sa Mamie


samedi 15 février 2025

CINEMA /// UN OURS DANS LE JURA de Franck Dubosc

 UN OURS DANS LE JURA
de Franck Dubosc
avec Franck Dubosc, Laure Calamy,
Benoit Poelvoorde, Joséphine de Meaux



Si des ami(e)s cinéphiles ne m'avaient pas conseillé d'aller voir ce film, jamais je ne m'y serai rendu.

Nous avons tous des acteurs, actrices et réalisateurs dont le nom est rédhibitoire, c'est mon cas en ce qui concerne Franck Dubosc dont je n'apprécie ni les fanfaronnades ni le cabotinisme.

Force m'est de reconnaître qu'il a su changer de registre et jouer beaucoup plus sobrement que d'habitude dans un personnage ne ressemblant pas à celui dans lequel il évolue généralement.

C'est un bon film qui surprend avec un mélange de genres, puisqu'il évolue entre polar et comédie avec un humour que l'on pourrait qualifier d'absurde dans le sens positif. Cela m'a fait penser un peu à celui des frères Coen.

Le film commence brillamment et de façon assez trash par le fait d'un ours qui va faire s'enchainer différentes situations aboutissant à deux cadavres. Outre cela, l'enjeu portera sur les deux millions d'euros trouvés dans la voiture des victimes. La tentation est alors grande pour Michel (joué par Franck Dubosc) d'autant qu'il est endetté et que son entreprise de sapinière vivote.

Cela va aussi redynamiser le couple qu'il forme avec Cathy (Laure Calamy qui est excellente de bout en bout). Certes, dit comme cela, l'intrigue pourrait faire penser à nombre de téléfilms policiers sans imagination et d'une grande fadeur. De même on est loin de la comédie lourdingue à la française.

Ce qui change ici, c'est cet humour noir ou absurde ( je ne sais trop comment le qualifier) qui étonne avec maints rebondissements et avalanche de cadavres. 

Il y a parfois quelques facilités (la boite échangiste par exemple) et une perte de rythme en deuxième partie mais au global, c'est une bonne surprise tant dans la réalisation que dans le jeu d'acteurs.

J'ai bien aimé aussi le couple formé par Michel et Cathy ainsi que le côté politiquement incorrect du scénario.

 Comme quoi, parfois, il faut aller au delà de ses a priori. 

Cinéphilement vôtre.

J-C Togrége
 15/02/2025

lundi 10 février 2025

LA PIE VOLEUSE de Robert Guédiguian : Un film plein de charme !

 LA PIE VOLEUSE
DE ROBERT GUEDIGUIAN

avec Ariane Ascardine, Jean-Pierre Darroussin,
 Gérard Meylan, Grégoire Leprince-Ringuet



Maria est une aide à domicile courageuse très appréciée des personnes âgées chez qui elle se rend. Outre son travail qu'elle accomplit avec soin, elle les regarde, les écoute, leur fait du bien. Il arrive même que l'une d'entre elles l'appelle en soirée et elle s'y rend.

Maria a des problèmes d'argent, d'autant que son mari s'est remis à jouer aux cartes ; malgré cela, elle fait tout pour faire face.

Et puis Maria a un petit-fils qu'elle adore et qui montre des dispositions certaines au piano. L'une des très belles scènes du film c'est son regard plein d'amour et d'admiration quand elle l'écoute lui jouer un morceau. 



Pour qu'il puisse avoir un vrai piano chez lui et prendre des cours avec un professeur, Maria va voler quelques billets par ci par là aux personnes dont elle s'occupe…

Je n'en dirai pas plus sur l'histoire, si ce n'est qu'Ariane Ascardine est éblouissante du début à la fin dans ce rôle. Que d'empathie et de bienveillance dans son regard !

J'ai aussi particulièrement apprécié, comme toujours, Jean-Pierre Darroussin qui dans une scène citera un extrait du poème de Victor Hugo "Les pauvres gens".

Ce film, c'est une très belle histoire empreinte de tendresse et d'humanité qui aborde l'air de rien des sujets profonds, le tout filmé dans la jolie lumière de Marseille.

C'est une histoire de gens ordinaires qui font ce qu'ils peuvent pour mener leur barque, c'est peut-être cela qui nous touche tant, car de l'émotion il y en a. 

Quant à la musique, si vous aimez le piano, vous serez aux anges.

Cinéphilement vôtre

J-C Togrège
10/02/2025