Faisant suite à mon intérêt pour le royaume d'Araucanie et de Patagonie, je découvre l'œuvre de Jean Raspail (1925/2020), auteur oublié à la mauvaise réputation, qui s'était autoproclamé consul général de Patagonie.
J'apprécie particulièrement l'intérêt qu'il porta aux peuples autochtones, ce qui est le cas dans ce roman "Qui se souvient des hommes…" paru en 1986.
Pour raconter l'histoire des Alakufs, il s'est basé sur les travaux de l'ethnologue José Emperaire, de témoignages historiques et d'hypothèses.
Il ne s'agit pas d'un essai ou d'un récit mais bien d'un roman passionnant qui nous raconte la vie de Lafko et des siens.
De tout temps, les Alakufs fuirent ceux qu'ils appelaient des Pektchévés (les étrangers) et finirent pas échouer aux confins de la Patagonie en Terre de Feu, un endroit au climat inhospitalier. Outre un froid glacial auquel il résistait en s'enduisant le corps de graisse de phoque, il y avait les tempêtes d'un océan souvent en furie.
"Ils n'en ont pas conscience, mais voilà des centaines d'années qu'ils marchent. (…). Parfois la migration se fige pour cinq ou six générations. Mais quand s'annonce à nouveau l'étranger, son odeur, sa force, sa supériorité, sa cruauté, son mépris pour ce petit peuple désolé, arriéré, faible et laid, alors ils reprennent la route vers le Sud et leur mémoire reprend la route aussi, qui leur dit par la voix des anciens que leur fuite ne cessera jamais, jusqu'à la mort du dernier d'entre eux. Arka ! Debout ! En route !"
Ils se croyaient tranquilles jusqu'à l'arrivée de bateaux des navigateurs explorateurs dont Magellan au début du XVIème siècle. L'incompréhension fut totale entre un peuple venu du Paléolithique et les Européens qui ne virent dans les premiers que des sauvages arriérés, des sous-hommes dont certains furent "exposés" dans des foires. La confrontation fut fatale pour les Alakufs.
En 1951, Jean Raspail croisa l'un des derniers représentants de ce peuple sur un canot en Terre de Feu.
Je tiens à souligner la qualité de l'écriture de Jean Raspail qui allie un classicisme littéraire comme on n'en fait plus à une narration empreinte d'humanité et d'empathie pour un peuple disparu dans l'indifférence générale.
"On les croyait dépourvus de vrai langage, s'exprimant par onomatopées. En réalité ils avaient une langue très riche où manquaient seulement tragiquement les mots qui expriment le bonheur et la bonté."
C'est par José Emperaire que l'on sut que ce peuple se désignait comme "Les Koweskars", ce qui signifie les Hommes.
Bonne lecture !
J-C Togrège
24/10/2026



































