samedi 6 juin 2026

Livre historique : Un roi né à Reims !

 ACHILLE 1ER
2ème roi d'Araucanie et de Patagonie (1841-1902)
de Francis A. Boddart

Comment parler du royaume d'Araucanie et de Patagonie dont l'idée perdure encore de nos jours ? 

Un rêve, une illusion, une chimère, une conquête manquée, une réalité territoriale niée ? 

Ce royaume fut créé par le français Antoine de Tounens en 1860 et correspond au territoire du peuple autochtone "Les Mapuches", situé entre le Chili et l'Argentine. Il régna sous le nom d'Orélie-Antoine 1er et fut  expulsé en 1862 vers la France par le Chili. Il tenta en vain de retourner dans ce qu'il considérait sa nation mais n'y parvint jamais et mourut dans la misère.

Il rencontra Achille Laviarde avec qui il noua une amitié et dont il fit son secrétaire. Ce dernier, à la mort d'Orélie Antoine 1er en 1884, se désigna alors comme son successeur arguant d'un testament fait en sa faveur. Il prit le nom d'Achille 1er.


Dans son livre érudit et très documenté, Francis A. Boddart entend réhabiliter Achille 1er (Achille Laviarde), trop souvent présenté simplement comme un roi d'opérette alors que sa personnalité était bien plus complexe que cela.

Né à Reims en 1841, Achille Laviarde vécut pendant son enfance rue du Barbâtre. 

Parmi ses faits rémois, il fut président de la fanfare "l'Union", l'ancêtre de l'Harmonie du 3ème Canton qui rayonne encore de nos jours.  Il reçut la médaille municipale de Reims pour services rendus aux sociétés musicales.

Après de nombreux voyages, il habita au "Château des Grenouilles vertes", situé alors au 6 rue de la Roseraie à peu de distance du pont de Fléchambault. Ce château, au nom si pittoresque, fut rasé en 2001 et est devenu maintenant un jardin public.

Je vois dans le personnage hors norme d'Achille 1er quelqu'un qui voulut agrandir sa propre vie et se créer un destin de grande envergure. C'est comme le chantait Jacques Brel "Rêver un impossible rêve." Nul sens péjoratif dans ce terme de "rêve", au contraire, car avoir des rêves, n'est-ce pas indispensable ? Et concernant cet homme, il mit de la constance dans son rêve.

J'ai relevé une phrase de l'auteur qui va dans ce sens-là : "Chaque homme a deux destinées, l'une qu'il se fait lui-même, l'autre qui lui est imposée."

Je vais essayer de retracer quelques points de la vie trépidante et fantasque d'Achille Laviarde qui fut multiple : Bénéficiant jeune de la fortune héritée de son père, il put vivre rentier et dépensa sans compter. Il commença par être un joyeux drille et fréquenta les cabarets, mais se fit aussi inventeur avec un brevet déposé concernant un système de bouchage des vins qui fut un échec, il soutint une nouvelle machine à fabriquer des cardes qui ne trouva jamais de commercialisation. Il s'essaya à la politique en tant que Bonapartiste et milita pour le rétablissement de l'empire ce qui lui valut d'être inquiété par la police. J'appris ainsi qu'il y eut un Napoléon IV, fils de Napoléon III, qui n'eut aucun destin politique.


Puis vint son épopée en tant que roi d'Araucanie et de Patagonie, où il ne mit jamais les pieds tout en y "régnant" de 1884 à 1902. 

Il adopta l'attitude d'un "roi en exil", nommant des ministres, des ambassadeurs et remettant des médailles de son royaume. 

Son idée, dans l'air colonial du temps, c'était que ce royaume devint un protectorat de la France, ce qui n'advint jamais.

Qu'importe, il garda ce rôle jusqu'à sa mort.

Il fut d'abord inhumé au cimetière du Sud de Reims puis exhumé en 1976 pour rejoindre Tourtoirac en Dordogne aux côtés de la tombe d'Orélie-Antoine 1er.


La préface de ce livre est signée de Philippe III (de son nom véritable : Maître Philippe Pichon) qui fut élu dixième prince d'Araucanie et de Patagonie le 6 avril 2024


  


Achille 1er fut croqué par Jack Mathern dans son livre "les escapades du cornichon" consacré à des personnalités rémoises.


Comme vous le savez, il est attribué aux Rémois le surnom de "Cornichon", deux explication étant avancées à cela :

La première viendrait de la révolution française, les députés rémois ayant eu l'habitude de prendre place sous une corniche. La seconde serait liée à la culture du cornichon qui fut très présente à un moment autour de la ville. A vous de choisir celle que vous préférez.







Il existe aussi une revue "Le Moniteur de Port-Tournens" qui est un bulletin de liaison des amitiés patagones édité par la chancellerie du consulat général de Patagonie. 

Jean Raspail, écrivain de renom décédé en 2020, se proclama consul général de la Patagonie en 1981.

"Sylvain Tesson : « Jean Raspail n’aimait pas les causes perdues, il aimait les rêves impossibles. Il avait voulu que la Patagonie soit le dernier repli des cœurs aventureux et des âmes en peine. Au fur et à mesure que le monde se soumet aux forces de la technique et de la marchandise, il y avait encore, selon lui, un refuge pour le rêve. (…) On pouvait encore se croire patagon et rendre ses devoirs à la noblesse des gestes. Certains le pensent et le jeu continue. »



Quelle aventure pour un royaume somme toute fictif !

J-C Togrège
06/06/2026

jeudi 28 mai 2026

Jolie Pouplie texte de J-C Togrège

 Jolie Pouplie

Jolie Pouplie, comme nous t'aimons
Tu es tellement belle à toute saison
Quand tes feuilles en allées s'en sont
C'est ton branchage que nous admirons
Quant au printemps, revenues elles sont
Le vent se plait à y chanter sa chanson.

Jolie Pouplie, comme nous t'aimons
De notre beau village tu es le blason
Mais aussi notre bon ange à ta façon
Depuis longtemps tu veilles sur nos maisons
Te chérir toujours nous te promettons
Et de tenir éloigné de toi tout bûcheron.

Jolie Pouplie, comme nous t'aimons
Le soleil envoie ses plus beaux rayons
Pour étinceler dans ta frondaison
Pour maints oiseaux tu es le compagnon
Vers qui ils reviennent lors de la pondaison
Vivre sans toi, jamais nous ne le pourrons.

Jolie Pouplie, comme nous t'aimons.


J-C Togrège
13/05/2026




lundi 11 mai 2026

CINE /// NOUS L'ORCHESTRE de Philippe Béziat

NOUS L'ORCHESTRE 
de Philippe Béziat


"Nous l'orchestre", un titre très bien choisi car il indique de suite, en deux mots, qu'un orchestre c'est avant tout l'aventure d'un collectif.

Tout musicien (professionnel ou amateur) se retrouvera dans ce documentaire qui nous immerge dans les répétitions de la Philharmonie de Paris, grand orchestre symphonique de 120 musiciens dirigé par Klaus Mäkelä, jeune chef finlandais. 

Tout mélomane aura plaisir à découvrir les coulisses des répétitions, d'y ressentir un vivre ensemble au service de la musique, et de mieux comprendre le rôle d'un chef.




S'agissant d'une œuvre de cinéma, précisons de suite que c'est superbement filmé et que les cadrages sont parfaits. L'on peut y voir en gros plan les émotions des musiciens et des chefs, leur concentration, leur sensibilité. N'oublions pas la qualité du son avec des extraits de nombres d'œuvres magnifiques de Ravel, Bruckner, Mahler pour ne citer que quelques compositeurs.

C'est un film qui fait aussi du bien car il montre la puissance du collectif pour mener un projet à son terme. Chacun oublie son ego pour jouer ensemble selon les indications du chef.

Rien n'est occulté, il est également évoqué les différences à dépasser, la question du papotage et de la discipline pendant les répétitions.

Il ressort de ce documentaire qu'un orchestre est mué par une grande force créative où chacun a son rôle à tenir, sous l'impulsion d'un chef. Il est intéressant de voir les différences de direction et de gestuelles de Klaus Mäkelä, Daniel Harding et Herbert Blomstedt.

Quant à ce dernier, comme il est plaisant de le voir diriger la  8ème de Mahler à 97 ans ! C'est signe que la musique, c'est bon pour la santé !

Musicalement vôtre

J-C Togrège
11/05/2026

jeudi 7 mai 2026

Escapade aux Pays-Bas - mai 2026 -

 ESCAPADE AUX PAYS-BAS
Mai 2026

Hollande ou Pays-Bas, mais quelle est la bonne appellation ? 
Eh bien ! Les Pays-Bas sont un pays tandis que la Hollande est l'une des douze provinces de ce royaume constitutionnel. Voici l'une des premières choses que nous apprîmes lors de notre escapade.

Rotterdam vu de la tour Saumon (57 étages)

Nous avons commencé par Rotterdam, grande ville d'environ un million d'habitants réputée pour son port qui joue un rôle important dans le commerce mondial.

Beaucoup de grands immeubles mais aussi beaucoup d'arbres dans cette ville très dense.






Je dois reconnaître que nombre de ces immeubles ont une architecture recherchée, même si je n'aimerais pas y vivre. Quant à sa zone industrielle, comme dans beaucoup de pays, elle est hideuse.


Nous avons embarqué à bord d'un petit bateau  pour une promenade dans le port.

Notre guide nous expliqua le développement de cette ville, d'où de nouvelles constructions.


Nous y avons appris pourquoi beaucoup de villes des Pays-Bas ont le suffixe "dam" à la fin de leur nom. Dam signifie digue, et l'on sait leur importance pour ce territoire. Plus de la moitié du pays est en dessous du niveau de la mer.




Le pont  Erasmus



Le lendemain, nous nous rendîmes à Amsterdam que nous avons découverte pour partie en faisant les canaux à bord d'un bateau mouche. 

Une ville aux nombreux charmes !

188 canaux
2500 bateaux maisons.

Et puis aussi de nombreuses grosses perruches vertes qui se sont acclimatées au pays.





Notre guide attira notre attention sur ce qu'elle nommait des "maisons dansantes", des maisons penchées mais à la structure néanmoins bien solide.



hôtel intercontinental Amstel


Amsterdam est une  ville qui compte plus de vélos que d'habitants, chacun en ayant deux ou trois. Il est vrai que l'on voit des cyclistes partout et qu'il faut y faire attention car ils roulent vite. Gare à se trouver sur la bonne partie de la chaussée !



L'après-midi, nous nous rendîmes à Volendam avec la visite d'une fromagerie et d'une boutique de sabots.

C'est une petite ville agréable (un ancien port) surtout dès que l'on prend des chemins de traverse loin des commerces où les touristes sont nombreux.

Ensuite promenade dans la plaine où nous vîmes beaucoup d'oiseaux et surtout des oies. Ces dernières sont partout.








Et les tulipes alors, me direz-vous ? Où sont-elles ?



Au parc de Keukenhoff bien sûr  ! 
Et nous le parcourûmes de long en large le lendemain.

Des fleurs, de grands arbres, des oiseaux, c'est magnifique !

Certes, c'est très ordonné, un peu trop sans doute, mais les couleurs sont magnifiques.








Bien sûr, nous avons rapporté quelques bulbes de tulipes.
Nous verrons au printemps prochain s'ils ont apprécié notre jardin.











Une escapade instructive et dépaysante !

J-C Togrège
07/05/2026


PS : la dernière fois que je suis allé en Hollande, c'était en 1982. C'était organisé par un comité d'entreprise et j'y avais visité Madurodam (village de maquettes) à la Haye. 






jeudi 30 avril 2026

LIVRE /// LES GUERRIERS DE L'HIVER : un roman historique sur un conflit oublié

 LES GUERRIERS DE L'HIVER
De Olivier Norek



Ce roman historique a pour sujet un conflit peu connu (tout au moins que je ne connaissais pas) qui s'est déroulé entre le 30 novembre 1939 et le 13 mai 1940. 

Il s'agit de l'invasion de la Finlande par l'Union soviétique, Staline ne pensant faire qu'une bouchée de ce petit pays. Ce qu'il imaginait comme une opération gagnée d'avance va s'avérer très délicate car les Finlandais, moins nombreux, moins bien armés vont résister avec une grande vaillance à l'armée rouge et tenir la ligne de front. 

Déterminés, les Finlandais avaient pour eux une parfaite connaissance du terrain, une bonne préparation à la rigueur de leur hiver et la rage de défendre leur territoire.



Dans cette histoire, nous suivons un groupe d'amis venus du village de Rautjärvi, qui prendront soin les uns des autres. Parmi eux, se trouve Simo Häyha, snipper redoutable  surnommé "La Mort Blanche" par les soldats russes.

C'est un livre à la fois prenant avec une trame romanesque et instructif car s'agissant de faits historiques.

 Entre autres, j'y ai appris l'origine du terme de "cocktail Molotov" (bouteille en verre avec de l'essence servant d'arme comme projectile).

" - Quand il a bombardé Helsinki au premier jour de la guerre, Molotov* a rassuré l'opinion internationale en promettant qu'il ne s'agissait pas d'obus mais de paniers repas envoyés à la population affamée. Alors, s'il offre la nourriture, ce serait impoli de ne pas venir avec une bonne bouteille ou un petit cocktail, non ? 
 - C'est sûr que si ça relève de la politesse, reconnut l'officier, ce serait dommage de passer pour des mal éduqués."

L'on y découvre aussi qu'il y eut une très grande opération de transferts d'enfants vers la Suède, les familles préférant les mettre à l'abri des bombardements massifs.

" L'amour absolu se transformait en charge mentale insupportable, et la question n'était plus tant de savoir comment les protéger que de savoir s'en séparer. Pour leur assurer un avenir, certaines familles décidèrent donc de les abandonner."

A la fin du roman, l'auteur précise "Si ces événements ont bientôt un siècle, ils nous renvoient à l'histoire actuelle et nous mettent en garde". Nous pensons bien évidemment à l'Ukraine.

Bonne lecture !

J-C Togrège
30/04/2026

* Molotov : ministre des affaires étrangères sous Staline

vendredi 24 avril 2026

LE PRECIPICE de J-C Togrège

 LE PRECIPICE

Nous le pressentons le précipice
Il est précédé de tant d'indices.
Nous savons qu'il faut bifurquer
L'abîme est là, bien trop près.

Nous y allons de nos prêchi-prêcha
Préconisations et halte là.
Mais si avides nous sommes
Si sûrs d'être des surhommes...

Trop occupés à s'empiffrer
Pour notre Terre aucun respect
Nous ignorons le préavis.

Ce précipice, nous le voyons
Mais nous nous y précipitons.
Comprendrons-nous in extrémis ? 

J-C Togrège





Et l'on continue de déboiser même
 en période de nidification

Et l'on continue d'artificialiser nos sols

Et l'on continue d'empoisoner
 nos terres de culture, 
notre eau, notre air..

L'on continue



samedi 18 avril 2026

LIVRE /// Ces événements qui impactent durablement et profondément une existence

CES EVENEMENTS QUI IMPACTENT DURABLEMENT

ET PROFONDEMENT UNE EXISTENCE


Voici deux livres fort différents pour lesquels je vois un point commun, à savoir un événement qui vient impacter durablement une existence. Il y a un avant puis un après nécessitant une reconstruction.


Commençons par le livre de Cécile Bourgeat : "Vous êtes comme ma fille".

Alice, jeune femme de 25 ans est en mission pour une ONG en Afrique. Tout bascule dans son être quand elle renverse une petite fille sur une route. C'est un accident, l'enfant a traversé subitement, elle n'a pas pu l'éviter au volant de son véhicule.

C'est insoutenable d'avoir causé le décès d'une enfant. La famille ne porte pas plainte, le père l'invite aux obsèques. Pas de haine ! S'il n'y a pas de procès, il y en a un dans sa tête.

Extrait : "Un autre procès commence à l'intérieur pour trouver ce qui me rend responsable mais pas coupable. Les plateaux de la balance n'en finissent jamais de se stabiliser : coupable, non coupable, coupable, non coupable, coupable. Avec différents degrés. Cela tourne en boucle. la mécanique de la réparation impossible s'installe."

De retour en France, Alice n'est plus la même, hantée par la culpabilité. Elle, qui était joyeuse, est maintenant renfermée. Pourra t-elle se pardonner ? 

Les titres des chapitres sont évocateurs : Séisme, Répliques, Métamorphoses.
Le livre se terminera par une belle lettre.
Une écriture intimiste et un récit introspectif pour un premier roman réussi.


Poursuivons avec "Un souffle entre deux battements" de Christelle Saint Dizier.

Dire de ce livre que c'est une romance serait bien trop restrictif et inexact. C'est une belle histoire d'amour contrarié qui a commencé par un coup de foudre lors d'un salon du livre entre Elise et Esteban.

Ils vont avoir une parenthèse enchantée sur l'île de Ré.

Comment vivre après une séparation liée à des obligations alors qu'ils savent qu'ils continueront de s'aimer. Ici aussi, un événement bouleverse deux vies durablement.

Chaque chapitre est suivi d'un poème intitulé : les pensées de Elise, les pensées d'Estéban, les pensées de Marcel (un très beau personnage secondaire). C'est une façon très originale de ponctuer le récit qui apporte beaucoup au roman.

L'écriture de l'autrice a gagné en beauté au fil de ses différentes publications. C'est fluide, agréable, touchant, intime même, et la poésie n'est jamais loin.

Extrait 

" Je ne savais pas qu'un regard pouvait troubler
   Au point de déplacer le cours d'une vie entière
  Je croyais les existences solides bien rangées
Et l'amour cantonné aux récits des autres.

Puis il y a eu cet instant, fragile et intense
Où tout a vacillé sans bruit
Il n'y a pas eu de promesse
Seulement cette évidence muette
Ce battement suspendu entre deux respirations
Comme si le monde retenait son souffle
Pour nous laisser passer. (…)

Bonnes lectures !

J-C Togrège
18/04/2026