ETEIGNEZ LA NUIT
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| Dessin de Jean-Jacques Dumont |
ETEIGNEZ LA NUIT
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| Dessin de Jean-Jacques Dumont |
Nous ne sommes ni dans le mélo ou le misérabilisme, ni dans la grosse farce outrancière, mais dans un récit qui parlera à tous ceux qui ont ou ont eu un proche en maison de retraite.
Vincent Macaigne joue admirablement le rôle de Yannick, aide soignant bougon mais terriblement humain.
C'est un peu par hasard que j'ai regardé ce film dont je n'avais pas entendu parler lors de sa sortie en salle en 2023.
Très vite, j'ai été sous le charme. Il y a de la tendresse, de l'humour, du sordide, de la joie mais aussi de la tristesse, sans oublier la mort. L'on y parle du grand âge, de la maladie, des corps vieillissants avec pudeur et l'on y vit !
Oui, ce film est un film plein de vie grâce à l'échange intergénérationnel.
J'ai été touché par nombre de personnages, dont le couple formé par un ancien cascadeur veillant sur sa femme infirme et dont les échanges de regard disent la tendresse. Il y a la rencontre par le chant entre une vieille dame et une enfant, et puis ce jeune garçon à vif, révolté, sur son skateboard. Et il y en a d'autres et encore d'autres.
Un beau film plein d'humanité sur le quotidien dans un EHPAD !
Cinéphilement vôtre
DES HISTOIRES QUI NOUS HAPPENT ET NOUS TIENNENT EN HALEINE
Cette chronique sera dédiée à des auteurs populaires à l'imagination féconde qui nous tiennent en haleine sur des centaines et centaines de pages.
GLEN AFFRIC de Karine Giebel (2020) : Léonard est un adolescent un peu retardé mental qui se fait harceler à l'école. Alors que doté d'une force hors norme, il se fait terroriser par des fils de petits bourgeois. Son idole, c'est son frère qu'il n'a jamais vu et qu'il croit être en Ecosse, alors qu'il purge une peine de prison. Voilà pour le début de l'histoire que l'on ne peut plus lâcher.
De nombreux thèmes sont abordés dans cette fiction : le harcèlement, la violence carcérale, la difficulté de la réinsertion, la force de l'amour qu'il soit maternel, fraternel ou celui d'un couple.
Un très bon livre de Karine Giebel.
J'ai pris plaisir à retrouver le couple de flics que forment Franck Sarko et Lucie Hennebelle, ainsi que Lucas Bellanger dans ce nouveau roman de Franck Thilliez. Un autre personnage, très intéressant est celui de la psychiatre, Eléonore Hourtel, qui semble poursuivie mais pourquoi et par qui ?
Un thriller sur fond psychiatrique avec une plongée dans une UMD (unité pour malades difficiles) où un patient se croyant poursuivi par des vers est hospitalisé. A ceci s'ajoute un crime commis avec un tournevis et une femme disparue alors qu'elle faisait du sport.
A priori trois histoires différentes.
L'on trouve aussi dans le livre des références à des tableaux : "le Cri" d'Edvard Munch et "La Nef des fous" de Jérôme Bosch.
Quand l'amour trahi, la folie, la science et la vengeance s'entremêlent dans un récit où le suspens est présent tout au long du livre.
Bonne lecture et bons frissons !
J-C Togrège
27/03/2026
PRIX POESIE 2026 DE LIRE ET FAIRE LIRE
Voici un petit focus sur les livres en lice pour le prix poésie des lecteurs de Lire et faire lire pour l'année 2026.
Des poèmes courts pour évoquer la nature, les animaux, leur présence rassérénante dans notre vie, le tout avec des images tout en douceur.
"Un animal pour adoucir
d'un battement d'ailes
L'angoisse du monde qui s'enlise
la poisse des jours sans horizons
les angoisses qui courbent la carcasse
les éclats dans la voix."
Des haikus pour dire la beauté de la vie au bord de mer avec des illustrations simples et colorées.
"Sous les yeux des enfants
les vagues pressées se bousculent
adieu douves et châteaux."
"Matin gris
les ailes du héron sourient
moi aussi."
"Sous le soleil
miettes de coquillages
la plage en robe de bal."
Des phrases à l' impératif pour nous inviter à nous ouvrir à la beauté du monde. C'est la nature, les animaux mais aussi l'amitié, les rencontres.
"Protège l'intensité de tes enthousiasmes
Prends tes amis dans les bras
Encourage leurs petites voix
Ecoute la tienne."
"Parle à tes invisibles
Arrête-toi devant les arbres
les rochers
Rends hommage aux vers de terre"
Pour la phrase "Dessine le silence", j'ai demandé aux enfants comment, eux, ils dessineraient le silence.
A la fin de la séance, vint le moment solennel du vote avec bulletins et une urne, avec la consigne : le vote c'est secret.
Les enfants aiment la poésie, c'est encourageant pour l'avenir.
Poétiquement vôtre !
J-C Togrège
16/03/2026
Alors que nous achetons nos chaussettes par paire, ce qui est normal car nous avons deux pieds, comment se fait-il qu'il y en ait souvent une qui disparaisse ?
Et ce ce sont toujours les plus belles, les plus confortables, celles que l'on préfère que l'on ne retrouve plus. C'est rageant !
Vous aurez la réponse à cette énigme dans cet album jeunesse, et disons le tout de suite, Isidore n'est pas étranger à cette affaire.
Au cours de ce livre, vous verrez que ce lutin, certes sympathique, a un défaut qui lui vaudra une sacrée mésaventure.
Il se trouve également dans ce livre la chansonnette d'Isidore avec sa partition, ce qui vous permettra de la chanter aux enfants à qui vous raconterez l'histoire.
Pour tout renseignement : jctogrege@gmail.com
Bonne lecture !
J-C Togrège
"Tout en travaillant, je les écoutais tous les deux. Jamais je n'avais entendu un rire si musical. Des clochettes. En même temps, je ne pouvais ignorer la fêlure de mon cœur, comme un pare-brise qui se lézarde, une faille minuscule qui s'étire et se répand lentement dans le verre. Il fallait que je fasse quelque chose. Que je me répare. La fissure se creusait de plus en plus. On aurait dit que tout ici se cassait : les fenêtres, les pare-brises, les cœurs, les poumons, les crânes."
Un livre étrange, différent et profond, une autrice avec une plume de grande qualité
Bonne lecture !
J-C Togrège
02/03/2026
Un roman choral attachant et profond !
Bonne lecture
J-C Togrège
17/02/2026
Autres chroniques relatives à cette autrice :
L’OISEAU DÉPOSSÉDÉ
Enfin arrivé,
affaibli, l’oiseau ne reconnait rien
Se pourrait-il qu’il se soit trompé de chemin ?
C’est impossible avec son sens de l’orientation
Ce n’est pas son premier retour de migration,
Non, c’est bien ici, mais il n’y a plus d’arbres.
Il ne reste que des souches, indices de l’infamie
D’une tragédie dont il connait le coupable.
Le pauvre oiseau dépossédé ne sait où aller
L’homme s’en gausse. Armé de sa tronçonneuse
Il continue à scier sans se soucier de la gent ailée.
J-C Togrège
13/02/2026
Constatant la frénésie lugubre avec laquelle les tronçonneuses sont en action dans nos villages, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'oiseau revenant de son long voyage et ne trouvant plus son arbre où nidifier.
Pourquoi continuer à couper tant d'arbres alors que l'on sait pertinemment qu'ils sont indispensables pour notre environnement et nous-mêmes ? Rien n'y fait, on le sait, mais on continue à détruire.
Certes, quand un arbre est malade, il est légitime de l'abattre mais il serait aussi plus que judicieux d'avoir une vision d'avenir avec la replantation d'essences adaptées au changement climatique
Arbrement vôtre
J-C Togrège
14/02/2026
C'est la brume sur la forêt, une nuée d'oiseaux dans le ciel, la beauté des animaux comme la chouette nourrissant ses petits, des yeux apparaissant dans l'obscurité. Toute cette grâce, nous la devons à l'attente du réalisateur qui a su capter ces images d'une beauté exceptionnelle.
C'est aussi un film sur la transmission d'un grand-père à son petit-fils aussi bien lors des excursions en forêt que lors des discussions dans leur cabane en bois. Il y est question de l'importance de savoir attendre, regarder, écouter, s'émerveiller.
"On est dans ce qui s'en va."
La bande son est aussi une réussite totale grâce au chant de la nature et à la musique des compositeurs.
Qu'ajouter d'autre si ce n'est qu'il y a une telle puissance émotionnelle dans ce film qu'une larme s'est glissée sur ma paupière lors des dernières images. Comme vous le savez, il y a des larmes de tristesse mais aussi de beauté.
Ce film m'a donné envie de retourner dans les Vosges, d'emmener mes petits-enfants dans les bois.
Et puis une émotion m'emmenant souvent vers la musique, j'ai pensé à une chanson de Hugues Aufray "la terre est si belle, le monde est si grand".
Cinéphilement vôtre
DES LECTURES PLURIELLES POUR CE DEBUT D'ANNEE 2026
Ce début d'année aura été un mois avec des lectures très diverses, comme vous le pourrez le constater dans cette chronique.
Cela commence par la petite enfance d'Odette qui, à 4 ans, va découvrir une grand-mère maternelle maltraitante chez qui elle adoptera la méthode du "tant mieux" pour survivre. Odette découvrira ensuite que sa mère est une tueuse de chats.
Comme souvent chez Amélie Nothomb, nous avons à la fois de l'humour et de la profondeur, de l'émotion avec des thèmes tels que les relations familiales, la résilience, la construction d'une identité, le deuil.
L'on peut saluer l'énorme travail de documentation qu'il a fallu pour le recensement des différents courants de ce genre et les auteurs marquants de chaque période.
C'est vraiment bien fait !
Rappelez-vous les trois lois de la Robotique :
"Première loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger".
"Deuxième loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi."
"Troisième loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi."
Pourquoi certains robots sont-ils déviants ? L'enquête commence en raisonnant avec ces trois lois.
Toujours aussi passionnant !
Je place cette dystopie à une valeur égale à celles d'Aldous Huxley ("Le meilleur des mondes") ou George Orwell ("1984"), c'est dire !
Nous sommes dans une société totalitaire sous domination religieuse, un monde dans lequel la fertilité a chuté considérablement.
Les femmes fécondes sont privées de liberté et réduites au rôle de ventre, en somme d'esclaves affectées à la reproduction. Vêtues de rouge, ce qui explique le titre du livre, elles sont livrées à des couples en attente d'enfant.
C'est le cas de Defred qui va nous faire le récit de sa vie, alternant entre son passé, du temps où elle était encore libre, en couple avec Luke et maman d'une petite fille qui lui sera enlevée, et le présent où elle est sous la domination de l'Epouse et du Commandant (le couple de dignitaires auquel elle a été affectée).
La narration est très bien menée; c'est progressivement que nous prenons connaissance des règles de " La République de Galaad" et de la manière dont le basculement vers un monde totalitaire s'est produit.
C'est une société avec des règles strictes, des définitions de rôle pour les individus selon leur condition, de la délation, de la peur, des exécutions publiques avec cette interrogation " Mais comment en est-on arrivé là ? "
Alors que le récit est prenant, c'est un livre que j'ai lu lentement, non seulement car j'en appréciais le style mais surtout parce qu'il pose plein de questions.
" La normalité disait Tante Lydia, c'est ce à quoi on est habitué. Peut-être que rien de tout ça ne vous paraît normal aujourd'hui, mais ce le sera au bout d'un moment. ça deviendra normal."
Méfions-nous de la normalité !
Bonne lecture