samedi 25 octobre 2025

L'OREILLE ABSOLUE d'Agnès Desarthe

 L'OREILLE ABSOLUE
Agnès Desarthe


Ce livre commence par une scène formidable se déroulant lors d'un conseil municipal d'une commune rurale.  Le maire annonce le problème majeur du moment, à savoir qu'on ne sait plus où les mettre.

Mais qui donc ? Eh bien, les morts, car le cimetière est plein et pas extensible. Et puis il y a tous ceux qui n'ont pas renouvelé leur concession et qui "sont logés gratis".

Alors, le tant de trouver une solution, le maire décrète : "il faudrait que les gens arrêtent de mourir."

Ensuite, le roman prend une tournure à laquelle je ne m'attendais pas, sans un véritable développement de cette problématique, si ce n'est que l'hiver n'arrive pas, que la saison semble bloquer et que personne ne meurt.

Ce préambule permet ensuite à l'autrice de dresser de nombreux portraits de personnes qui ont un seul point commun, celui de faire partie de l'Harmonie du village. Et là, reconnaissons qu'elle maîtrise bien le sujet musical (les codes, les termes), ce qui justifie parfaitement le titre du roman. L'on verra qui parmi les personnages a ce don de l'oreille absolue.

Par certains aspects, le récit m'a fait penser un peu au film "La fanfare" qui met aussi en valeur la musique pratiquée par des non professionnels.

Les portraits sont admirablement dressés avec une écriture à la hauteur.

C'est un livre qu'il ne faut pas lire trop vite, raison pour laquelle je l'ai relu une seconde fois. Ne vous attendez pas à une histoire à rebondissements ou autres, c'est plutôt comme une partition où chacun vient faire sa partie, où il y a un refrain, des développements.

C'est aussi le retour au village d'une petite fille que personne ne voyait et qui trouvait son plaisir dans la musique, confectionnant avec les moyens du bord (ferraille et autre) des instruments.

Musicalement vôtre.

J-C Togrège
25/10/2025

PS Lors de l'émission La Grande Librairie du 29 octobre, j'ai appris que Agnès Desarthe jouait de la flûte traversières. 






mercredi 15 octobre 2025

LIVRE /// LA LETTRE ECARLATE de Nathaniel Hawthorne : l'un des premiers romans américains

 LA LETTRE ECARLATE
NATHANIEL HAWTHORNE


Ce livre figurait depuis un moment sur ma PAL (pile à lire).

J'avais déjà tenté à deux reprises de le lire mais bloquai rapidement au bout de 5 à 7 pages.  Contournant le problème, la 3ème fois, je décidai de passer la longue introduction intitulée "Le bureau des Douanes" pour aller directement au texte. 

Et ça changea tout, puisque j'ai pu aller jusqu'au bout et que j'ai fortement apprécié tant le style que l'histoire.

Il s'agit de l'un des tout premiers romans américains paru en 1850.




La lettre écarlate, c'est ce A cousu sur le vêtement de Hester Pryne pour la désigner comme une femme adultère devant vivre au ban de la cité. Nous nous trouvons dans une communauté puritaine d'une colonie située au Massachusetts. Les Puritains étaient des protestants "intégristes" qui voulaient construire une société très stricte sur le plan religieux, en somme des gens austères et plutôt fermés.

Hester Pryne, dont le mari a été déclaré disparu, a donc eu une liaison avec un homme dont elle ne veut pas révéler l'identité, et de qui elle a eu une fille.

Elle va faire de ce A qui la désigne comme impure quelque chose d'autre, recouvrant artistiquement cette lettre de fils d'or, car elle est très habile couturière. Son A va changer de sens, car malgré cette mise à l'écart, elle va aider son prochain. Alors A comme altruisme, comme ange, aidante  ? A chacun d'y associer ce qui correspond le mieux à cette héroïne.

J'ai apprécié le style de cet auteur avec ses longues phrases et cette façon ancienne d'écrire. Certains trouveront peut-être cela ampoulé, pour ma part, je considère que c'est littéraire.

J'ai aimé aussi cette figure féminine forte dans un roman à la fois historique et pamphlétaire à l'égard de l'hypocrisie morale de son époque.

En conclusion, un beau roman que je vous recommande.

Une fois celui-ci terminé, je suis revenu à la longue introduction où l'auteur parle de l'ennui que fut le sien quand il travaillait dans un bureau de douane. Un ennui que j'ai ressenti aussi, même si certains passages sont intéressants.

Extrait "J'incline à penser que l'instant où un homme se fait couper la tête* est rarement le plus agréable de sa vie. Mais, et cela vaut pour la plupart de nos malheurs, même un événement aussi grave porte avec lui son remède et sa consolation, pour peu que la victime veuille bien tirer le meilleur parti, et non le pire, de l'accident qui lui arrive".

Bonne lecture !

J-C Togrège
15/10/2025

* Par "couper la tête", il faut entendre "perdre son poste de travail"