samedi 20 juin 2026

Les comités de lecture : un lieu pour faire de belles rencontres

Les comités de lecture

Faire partie d'un comité de lecture présente un double avantage : parler des livres que l'on aime et découvrir des livres présentés par d'autres lecteurs. C'est un échange entre passionnés de lecture, et cela nous mène dans toutes les directions et tous les genres : polar, roman, essai, poésie, etc.

Voici quelques livres que je n'aurais peut-être (sans doute !) pas lus sans les conseils d'autres lecteurs.


Dany Héricourt
La cuillère

N'ayant jamais entendu parler de cet auteur et de ses ouvrages, sans la recommandation de lectrices, je serais passé à côté d'un livre frais, décalé, original et profond l'air de rien.

C'est l'histoire d'une jeune Galloise de 18 ans, Seren, dont le père vient de mourir subitement. Sa dernière phrase fut "Je file indubitablement vers l'âge où l'on dort en chaussette".

Sur la table de chevet de son père, Seren remarque une cuillère en argent qu'elle n'a jamais vue auparavant. Pourquoi pour ses dernières heures, son père a t-il pris cet objet ? Cela l'intrigue tant qu'elle prend cette cuillère et va se mettre à la dessiner. 

Puis elle va partir vers la France en Bourgogne pour en retrouver les origines à partir du décor du manche : deux initiales B et B, un randonneur âgé, deux lévriers (ou deux lézards ?)

Dans cette histoire d'un deuil pas comme les autres, puisque le personnage principal est obnubilé par une cuillère, il y a comme un voyage initiatique d'une jeune fille qui comme beaucoup se cherche à cet âge-là.

Le début de l'histoire m'a surpris, je me suis demandé où cela allait mener et puis j'ai été pris par la quête de Seen.

Extrait : "Kate, comment faites-vous pour avoir une vie de famille normale ? (Je me demande toujours si "normale" se rapporte à famille ou à vie.). Maman plisse immédiatement le nez comme si la normalité était un trait dégoûtant."


Les yeux de Mona
de Thomas Slesser

C'est l'histoire d'une petite fille de dix ans, Mona, qui a une crise de cécité. Le noir subitement s'abat sur elle pendant plus d'une heure puis tout redevient normal. Elle subit alors de nombreux examens, les médecins sont perplexes. 

Va-t-elle inexorablement perdre la vue ? 

Son grand-père décide alors de lui montrer la beauté du monde en l'emmenant chaque semaine dans un musée pour lui faire découvrir un chef d'œuvre. Un seul par semaine ! D'abord le regarder longtemps puis ensuite en parler, elle avec sa vision d'un enfant et lui l'adulte avec ses connaissances sur l'art. Ses parents ignorent tout de cela, pensant qu'elle se rend chez un pédopsychiatre.

Cette idée est géniale ! Vous l'avez deviné, il s'agit d'une transmission, d'un lien intergénérationnel très fort. Au fil des 52 semaines que dure cette initiation les liens entre Mona et son grand-père vont devenir de plus en plus forts.

J'ai lu ce roman par petites touches, lentement, à raison de deux à trois chapitres à chaque fois. Le schéma est le même : la visite d'un chef d'œuvre puis une conversation sur celui-ci. L'auteur a eu la bonne idée de mettre au milieu du livre une reproduction des peintures et sculptures, ce qui permet de nous y retrouver facilement.

A travers cette initiation à l'art, c'est aussi une initiation à la vie car bien sûr l'art nous questionne.

Extrait : "(...) Il savait très bien que l'existence n'est valable qu'à condition d'en assumer les âpretés et que celles-ci révèlent, une fois passées au crible du temps, une matière précieuse et fertile, une substance, belle et utile, qui permet à la vie d'être vraiment la vie."

Alors un conseil, rejoignez un comité de lecture ! Ce sont des lieux où l'on fait de belles rencontres (livres, lecteurs et lectrices) et où  la bienveillance est toujours là.

Bonnes lectures plurielles !

J-C Togrège
20/06/2026

samedi 6 juin 2026

Livre historique : Un roi né à Reims !

 ACHILLE 1ER
2ème roi d'Araucanie et de Patagonie (1841-1902)
de Francis A. Boddart

Comment parler du royaume d'Araucanie et de Patagonie dont l'idée perdure encore de nos jours ? 

Un rêve, une illusion, une chimère, une conquête manquée, une réalité territoriale niée ? 

Ce royaume fut créé par le français Antoine de Tounens en 1860 et correspond au territoire du peuple autochtone "Les Mapuches", situé entre le Chili et l'Argentine. Il régna sous le nom d'Orélie-Antoine 1er et fut  expulsé en 1862 vers la France par le Chili. Il tenta en vain de retourner dans ce qu'il considérait sa nation mais n'y parvint jamais et mourut dans la misère.

Il rencontra Achille Laviarde avec qui il noua une amitié et dont il fit son secrétaire. Ce dernier, à la mort d'Orélie Antoine 1er en 1884, se désigna alors comme son successeur arguant d'un testament fait en sa faveur. Il prit le nom d'Achille 1er.


Dans son livre érudit et très documenté, Francis A. Boddart entend réhabiliter Achille 1er (Achille Laviarde), trop souvent présenté simplement comme un roi d'opérette alors que sa personnalité était bien plus complexe que cela.

Né à Reims en 1841, Achille Laviarde vécut pendant son enfance rue du Barbâtre. 

Parmi ses faits rémois, il fut président de la fanfare "l'Union", l'ancêtre de l'Harmonie du 3ème Canton qui rayonne encore de nos jours.  Il reçut la médaille municipale de Reims pour services rendus aux sociétés musicales.

Après de nombreux voyages, il habita au "Château des Grenouilles vertes", situé alors au 6 rue de la Roseraie à peu de distance du pont de Fléchambault. Ce château, au nom si pittoresque, fut rasé en 2001 et est devenu maintenant un jardin public.

Je vois dans le personnage hors norme d'Achille 1er quelqu'un qui voulut agrandir sa propre vie et se créer un destin de grande envergure. C'est comme le chantait Jacques Brel "Rêver un impossible rêve." Nul sens péjoratif dans ce terme de "rêve", au contraire, car avoir des rêves, n'est-ce pas indispensable ? Et concernant cet homme, il mit de la constance dans son rêve.

J'ai relevé une phrase de l'auteur qui va dans ce sens-là : "Chaque homme a deux destinées, l'une qu'il se fait lui-même, l'autre qui lui est imposée."

Je vais essayer de retracer quelques points de la vie trépidante et fantasque d'Achille Laviarde qui fut multiple : Bénéficiant jeune de la fortune héritée de son père, il put vivre rentier et dépensa sans compter. Il commença par être un joyeux drille et fréquenta les cabarets, mais se fit aussi inventeur avec un brevet déposé concernant un système de bouchage des vins qui fut un échec, il soutint une nouvelle machine à fabriquer des cardes qui ne trouva jamais de commercialisation. Il s'essaya à la politique en tant que Bonapartiste et milita pour le rétablissement de l'empire ce qui lui valut d'être inquiété par la police. J'appris ainsi qu'il y eut un Napoléon IV, fils de Napoléon III, qui n'eut aucun destin politique.


Puis vint son épopée en tant que roi d'Araucanie et de Patagonie, où il ne mit jamais les pieds tout en y "régnant" de 1884 à 1902. 

Il adopta l'attitude d'un "roi en exil", nommant des ministres, des ambassadeurs et remettant des médailles de son royaume. 

Son idée, dans l'air colonial du temps, c'était que ce royaume devint un protectorat de la France, ce qui n'advint jamais.

Qu'importe, il garda ce rôle jusqu'à sa mort.

Il fut d'abord inhumé au cimetière du Sud de Reims puis exhumé en 1976 pour rejoindre Tourtoirac en Dordogne aux côtés de la tombe d'Orélie-Antoine 1er.


La préface de ce livre est signée de Philippe III (de son nom véritable : Maître Philippe Pichon) qui fut élu dixième prince d'Araucanie et de Patagonie le 6 avril 2024


  


Achille 1er fut croqué par Jack Mathern dans son livre "les escapades du cornichon" consacré à des personnalités rémoises.


Comme vous le savez, il est attribué aux Rémois le surnom de "Cornichon", deux explication étant avancées à cela :

La première viendrait de la révolution française, les députés rémois ayant eu l'habitude de prendre place sous une corniche. La seconde serait liée à la culture du cornichon qui fut très présente à un moment autour de la ville. A vous de choisir celle que vous préférez.







Il existe aussi une revue "Le Moniteur de Port-Tournens" qui est un bulletin de liaison des amitiés patagones édité par la chancellerie du consulat général de Patagonie. 

Jean Raspail, écrivain de renom décédé en 2020, se proclama consul général de la Patagonie en 1981.

"Sylvain Tesson : « Jean Raspail n’aimait pas les causes perdues, il aimait les rêves impossibles. Il avait voulu que la Patagonie soit le dernier repli des cœurs aventureux et des âmes en peine. Au fur et à mesure que le monde se soumet aux forces de la technique et de la marchandise, il y avait encore, selon lui, un refuge pour le rêve. (…) On pouvait encore se croire patagon et rendre ses devoirs à la noblesse des gestes. Certains le pensent et le jeu continue. »



Quelle aventure pour un royaume somme toute fictif !

J-C Togrège
06/06/2026