jeudi 2 février 2023

LIVRE /// TROIS JOURS AVEC NORMAN JAIL DE ERIC FOTTORINO

TROIS JOURS AVEC NORMAN JAIL
ERIC FOTTORINO



C'est çà qu'il y a de bien avec la lecture ! Même quand on a beaucoup lu, l'on tombe toujours sur une pépite inattendue, comme ce livre prêté par une amie. 

Un livre qui sait être différent et nous emmener là où l'on ne s'y attend pas, l'esprit titillé.

Même si je connaissais déjà cet auteur, notamment par "Caresse de rouge", ici je dois dire que la surprise fut au rendez-vous.

Clara, jeune étudiante en littérature, rencontre un auteur qui n'a publié qu'un seul livre dans les années 1940 (il eut un succès d'estime mais n'est plus disponible) tout en ayant continué d'écrire toute sa vie. Alors que réputé peu ouvert, l'auteur va s'ouvrir à son interlocutrice et lui dire combien l'écriture compte pour lui. 


Il raconte alors son processus de création, son exigibilité, ses doutes, et l'on s'aperçoit que cet homme a d'abord vécu pour écrire, faisant passer sa vie personnelle bien après. D'ailleurs sa bibliothèque est pleine de ses manuscrits.

De nombreuses questions se posent :

Qu'est-ce qu'un écrivain ?
Est-ce une façon de vivre différente ? 
Faut-il publier pour être considéré comme tel ? 
Ecrire sans être lu ? Pour qui alors ? 

Et puis tournant dans le récit, il y en aura d'autres, Norman Jail fait lire à Clara l'un de ses romans qui ne comporte que des chapitres 1. Jamais content de lui, il l'a refait sans cesse en le modifiant, le peaufinant, le développant. Malgré cela une histoire se dessine et l'on s'y laisse prendre.

La fin du roman sera à la hauteur, avec encore une chausse-trappe littéraire.

Je ne terminerai pas sans insister sur la qualité de l'écriture littéraire d'Eric Fottorino.

Vous l'aurez compris, ce fut un véritable coup de cœur !

Bonne lecture

J-C Togrège
02/02/2023




jeudi 26 janvier 2023

LIVRE /// VIVRE VITE DE BRIGITTE GIRAUD - GONGOURT 2022 -

 VIVRE VITE
BRIGITTE GIRAUD

Je vois ce livre comme celui d'une fidélité à un amour.

Brigitte Giraud écrit sur les circonstances qui ont amené au décès accidentel de son mari vingt ans plus tôt; elle passe en revue tous ces petits événements qui ont conduit au moment fatal de l'accident à moto. 

20 ans plus tard, la douleur est toujours là, mais elle peut l'écrire. Enfin...

De nombreux chapitres courts se succèdent sous la forme du "Si".

Tous ces "si" qui peuvent devenir obsédants car tournant en boucle dans la tête : il aurait suffi que...  si j'avais fait cela ou pas cela .... si j'avais fait attention, cela ne serait pas arrivé. Qui n'a pas connu ce type de refrain toxique ? 


Brigitte Giraud nous égrène plus d'une vingtaine de "si", de nature très différente. 

En voici quelques uns :

- Si je n'avais pas voulu vendre l'appartement
- Si mon grand-père ne s'était pas suicidé
- Si je n'avais pas visité cette maison
- Si nous n'avions pas demandé les clefs à l'avance
- Si je n'avais pas changé la date de mon déplacement chez mon éditeur à Paris
- Si j'avais téléphoné à Claude , le 21 au soir comme j'aurais dû le faire , au lieu d'écouter        Hélène me raconter sa nouvelle histoire d'amour
- Si Stephen King était mort le samedi 19 juin 1999
- Si le feu n'était pas passé au rouge

Le chapitre concernant le lien avec Stephen King m'a fait penser à son livre "Simetierre" * où un père a cette attitude de repenser sans arrêt à l'accident qui a causé la mort de son enfant. Là aussi, nous avons des "Et si..."

Ce livre d'introspection est touchant. Il peut parler à tous, car malheureusement accepter un deuil est l'une des choses les plus difficiles dans la vie.

L'écriture est délicate, fluide, pas du tout larmoyante mais émouvante.
La lecture en est aisée.

Ce livre a obtenu le prix Goncourt 2022. 

Bonne lecture 

J-C Togrège
26/01/2023

* Le livre de Stephen King porte bien pour titre "Simetierre" et non "Cimetière"

PS : A l'issue de cette lecture, j'ai écouté l'une des chansons citées dans le livre : " Le courage des oiseaux" de Dominique A


samedi 21 janvier 2023

ALBUMS JEUNESSE /// PHILIPPE CORENTIN

 LES ALBUMS DE PHILIPPE CORENTIN

Si vous souhaitez des albums jeunesse malicieux, alors je vous conseille ceux de Philippe Corentin. Auteur et illustrateur, il sait nous emmener dans des histoires originales et drôles complétées par des illustrations amusantes.



Parmi ceux que j'ai lus,  mon préféré reste à ce jour "Plouf" avec ce grand benêt de loup qui confond le reflet de la lune dans un puits avec un fromage. 

Et Plouf, le voilà qu'il y plonge. Croyez-vous qu'il retiendra la leçon, eh non même pas, car il se fera de nouveau avoir par une famille de lapins.

C'est un album qui s'ouvre à l'italienne en hauteur, ce qui accentue la profondeur du puits.


"Mademoiselle Sauve-qui-peut" est son premier album sorti en 1988. 

Il met en vedette une petite fille espiègle et disons-le fort pénible que chacun fuit tant elle aime embêter son monde. Au point que sa mère lui dit un jour :

" Tiens, va plutôt chez ta grand-mère. Porte-lui cette galette et ce petit pot de beurre".


Nous allons alors retrouver les personnages du "Petit Chaperon rouge" mais de façon détournée. La victime ce sera le loup et la persécutrice la petite fille. "Il me croit aussi bête que le Petit Chaperon rouge ou quoi ?"

Avec "L'Afrique de Zigomar" nous partons en voyage pour l'Afrique... 

C'est tout au moins la destination souhaitée mais avec un merle têtu et sans sens de l'orientation, les amis vont se retrouver dans un pays bien plus froid. 

Ces singes, ce ne serait pas plutôt des pingouins ?
Et cet éléphant, n'a t-il pas une allure de morse ? 
Et ces maisons en forme d'igloo ? 

Cela fera dire à l'un des personnages :"il faisait tellement froid qu'on se serait crus au Pôle Nord !"


Je terminerai ma petite sélection avec "L'ogre, le loup, la petite fille et le gâteau". 


Un ogre va devoir résoudre une énigme alors qu'il a capturé un loup, une petite fille et un gâteau. 

Pour rentrer chez lui, il doit traverser la rivière mais son embarcation ne lui permet d'emmener qu'un passager à la fois. Comment faire alors que le loup veut manger la petite fille, que la petite fille lorgne sur le gâteau ?

Pas si simple que cela !



Au total, Philippe Corentin (décédé le 7 novembre 2022) a publié 21 albums, de quoi faire le bonheur des petits et des grands.

Bonnes lectures.

J-C Togrège
21/01/2023


mercredi 28 décembre 2022

LIVRE /// RELIRE 40 ANS APRES - 2 - /// 1984 ET RAVAGES

 RELIRE 40 ANS APRES - 2 -

Je poursuis dans ma relecture d'œuvres lues au lycée. Après "Le meilleur des mondes" (voir chronique du 29/09/2022), ce fut au tour de "1984" de Georges Orwel et de "Ravages" de Barjavel.

Commençons par 1984 avec un extrait qui m'a frappé alors que sévissait le Mondial au Qatar :

"Le travail physique épuisant, le souci de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, le films, le football, la bière, et surtout le jeu, formaient tout leur horizon et comblaient leurs esprits. Les garder sous contrôle n'était pas difficile."

Me replonger dans ce monde dirigé par un "Big Brother" qui voit tout, qui peut surveiller chaque citoyen à tout moment (notamment par le télécran, la délation même en famille) m'a de nouveau passionné.

Reconnaissons que Georges Orwell a parfaitement décrit une société basée sur la falsification de la vérité avec comme moyens la réécriture du passé, le bourrage de crâne reposant sur la répétition à outrance de faits erronés, l'appauvrissement de la langue avec la novlangue qui empêche de penser hors système faute de mots pour le faire.


Le roman montre comment les citoyens sont manipulés dans leur vie et dans leurs pensées pour ne pas remettre en cause l'ordre établi. Et comme il faut un exutoire pour faire sortir la colère, il y a l'ennemi commun à haïr qui varie au gré des alliances conclues.

Les consciences sont modelées, corsetées, étouffées et gare à l'individu qui dévie !

Venons-en maintenant à "Ravages" de René Barjavel. 

Autre forme de dystopie qui met en scène l'écroulement de la civilisation suite à une panne d'énergie mettant en arrêt toutes les machines.

Des survivants vont s'organiser et tenter de reconstruire un autre monde.

Comme pour 1984, le récit est bien mené et captivant.

Toutefois j'ai été surpris de voir comme tous les rôles forts étaient tenus par des hommes, les femmes étant reléguées à des tâches subalternes. 

Si cela ne m'avait pas choqué il y a 50 ans, il en va différemment aujourd'hui. Mais n'oublions pas que ce roman a été publié en 1943 avec la mentalité de l'époque.

Ces romans sont une manière de réfléchir sur notre monde et ses failles.

Bonnes lectures !

J-C Togrège
28/12/2022


lundi 12 décembre 2022

Offrez du temps ! de J-C Togrège

 OFFREZ DU TEMPS !

Plutôt qu'un riche présent
Offrez d'abord du temps,
Des moments complices
Avec beaucoup de malice.

Plutôt que maints cadeaux
Offrez surtout votre présence
Votre attention, votre patience.
Les échanges seront plus beaux.

Plus fort que l'argent possession
Que l'amas de biens en profusion
Préférez l'humain au matériel
Offrez du temps, c'est essentiel.

Plutôt que moult objets coûteux
Offrez comme l'on tend la main
Cela ne sera pas fait en vain
Et rendra un peu plus heureux.

Plutôt qu'un riche présent
Offrez d'abord du temps
Des moments de joie
Des parts de soi.

Offrez du temps !

J-C Togrège

(extrait du recueil
"Variations autour de Noël")

samedi 3 décembre 2022

LIVRE /// SEULE EN SA DEMEURE de Cécile Coulon

SEULE EN SA DEMEURE
CECILE COULON



Tout d'abord, il y a cette couverture de livre, de rouge et de noir, empreinte de mystère qui attire le regard et le retient. La forêt semble guetter la grande demeure où une seule fenêtre est allumée. 

Cela sent le lugubre, le malsain, il ne peut que se passer quelque chose de dramatique. Ne croyez-vous pas ?

Une belle illustration d'un titre mettant en avant la solitude d'une femme !

Et puis, bien sûr, une histoire racontée par la talentueuse et jeune romancière Cécile Coulon, ça ne se refuse pas. C'est toujours très bien écrit et les récits sont de vraies histoires qui captivent.



Alors cette fois-ci, nous voilà au XIXème siècle au Jura. Aimée épouse par raison plus que par amour (il ne le lui déplait pas mais sans plus, elle le trouve différent) un riche propriétaire. Autant le dire, il est tellement vertueux, poli et rigoriste qu'il en est d'un ennui considérable. Et puis il y a l'ombre de cette première épouse morte six mois après son mariage, ce jeune homme muet qui rôde, cette servante froide.

Très vite, Aimée commence à perdre pied, son énergie semble avalée par l'atmosphère du lieu. Cela devient ténébreux, angoissant ...

Cela n'est pas sans faire penser à Daphnée du Maurier (Rébecca) mais avec une intrigue largement différente.

Céline Coulon décrit admirablement les ressentis de son personnage ainsi que la description de ce qui l'entoure (le domaine, la forêt), toujours avec un vocabulaire bien choisi.

Un livre que je conseille !

Bonne lecture

J-C Togrège
03/12/2022

samedi 19 novembre 2022

MUSIQUE /// MICHEL POLNAREFF ///

 POLNAREFF LE FLAMBOYANT


Alors que Michel Polnareff annonce une série de concerts, je republie cette chronique écrite en 2016 après son passage au Millésium à Epernay en 2016.

N'y cherchez pas de l'objectivité, c'est le cri enthousiaste d'un fan de toujours ébloui après un "Polnashow"

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30 avril 2016, 19h00, nous prenons la voiture et nous mettons en condition avec le CD live "Ze re retour 2007" dans le lecteur, et c'est direction Polnaville (autrement dit le Millésium à Epernay).

Nous arrivons sur le parking qui fourmille de véhicules, preuve avant le concert que les détracteurs de l'artiste avaient tort : oui, le Polnapublic est au rendez-vous ! C'est drôle comme en France, on aime démolir les quelques stars que nous pouvons avoir. Et Polnareff, c'est de ce niveau-là, une véritable star, un musicien des plus inspirés, une voix inimitable, une légende en somme !

Et c'est le Polnashow qui démarre et nous emmène dans un tourbillon de tubes intemporels, le tout très rythmé, sans temps mort, servi par des jeux de lumière et des projections touchant à l'art. C'est visuellement parfait et très beau, c'est un spectacle en soi qui s'ajouter à l'excellence musicale et à la voix unique de Michel Polnareff.

Le concert laisse s'exprimer les musiciens (en jazz, on parlerait de chorus) qui sont d'un niveau exceptionnel. De même pour les choristes au dynamisme époustouflant, d'ailleurs l'on ne peut guère parler de choristes mais plutôt de chanteuses qui accompagnent l'artiste et que celui-ci met en valeur.

J'ai même trouvé le concert plus tonique, plus rock, plus enlevé que le précédent remontant à 9 ans et qui était déjà en soi une réussite exceptionnelle. La nouvelle version de "Ophélie" m'a largement séduit, de même que "L'homme en rouge" si injustement raillé à sa sortie.

J'ai apprécié d'entendre les titres "Rosy" et "Où est la Tosca ?" qu'il n'avait pas chantés depuis un moment. Comment décrire l'incontournable "Bal des Laze" qui prend des allures de rock symphonique ? Et puis, bien sûr, n'oublions pas la magie qui s'opère dès que Polnareff se met au piano.

L'hommage à Prince au détour de la chanson "Je t'aime" avec une reprise de "Purple rain" est très bien amené et fortement réussi. Cela permet à Polnareff de glisser la phrase "Il faut aimer les artistes tant qu'ils sont vivants".

Polnareff n'a pas 71 ans, il se fout du temps, il est intemporel, ses chansons ne sont pas datées, elles sont simplement géniales. Son lien avec son public est intact et en sort renforcé après ce spectacle éblouissant."

Ce Polnafshow, c'est Polnareff le Flamboyant !

Musicalement vôtre

J-C Togrège
1/05/2016