vendredi 17 mars 2017

LIVRE /// MAPUCHE DE CARYL FEREY /// Un polar coup de poing

 
MAPUCHE
DE CARYL FEREY


Lors d'une émission récente de "La Grande Librairie", j'avais trouvé très intéressante et hors norme l'intervention de Caryl Férey, auteur décalé se définissant comme un punk rock, quelqu'un d'énervé. Il y avait dans son discours cette envie de donner la parole à ceux qui sont à la marge.
L'on pouvait aussi y voir un personnage de grande sensibilité.

J'avais apprécié quand il avait dit : " Je bous, ce qui compte c'est l'intensité des choses !"

Il restait à le lire, chose faite avec "Mapuche", roman ayant pour cadre l'Argentine actuelle en pleine crise économique, encore sous le traumatisme des années de dictature de la junte militaire (1976/1983).

J'y ai trouvé un style en conformité avec ce que j'avais pu ressentir en le voyant. Un style avec du punch, percutant, parfois cru, violent  au service d'un polar social et géopolitique , un style qui peut parfois choquer. Il m'a fallu une quarantaine de pages pour m'y adapter.

Ses personnages se débattent dans un monde sordide où le mal triomphe bien trop souvent et où il se décline sous maintes formes.

Comme vous le savez, j'aime quand le polar raconte le monde en plus d'une histoire bien menée.  J'aime quand je peux y apprendre quelque chose, ce qui est le cas avec celui-ci qui relate la violence avec laquelle la junte militaire opprima le pays, utilisant pour cela la peur, la torture, le meurtre dissimulé aboutissant à des dizaines de milliers de "disparus". Et puis il y eut ces bébés enlevés à leurs parents assassinés et donnés à des familles favorables au pouvoir en place.

Il va être question de tout cela dans ce roman, avec Jana, jeune sculptrice appartenant à un peuple  (les Mapuches) qui fut décimé par les Blancs, notamment pour les déposséder de leurs terres. Elle rencontrera Ruben, fils d'un poète assassiné par les sbires de la dictature argentine. Je n'en dirai pas plus !

Outre le fait qu'il apparaît clairement que l'auteur s'est très bien documenté, l'on reçoit ce roman comme un coup de poing avec des décharges d'adrénaline. L'on suit pas à pas Jana et Ruben dans leur enquête, l'on se révolte avec eux, l'on tremble pour eux !

Ce roman obtint le Prix Landernau polar 2012 et fut considéré comme le meilleur polar français 2012 par le magazine Lire.


Extraits :

"Nudité, contacts corporels, sons, odeurs, Rubén avait mis des années à supporter les situations associées à la torture. Au delà du traumatisme physique, les blessures psychiques avaient été les plus longues à cicatriser : une souffrance mentale aiguë relayait alors celle des sévices endurés, l'horreur s'engouffrait dans les brèches jusqu'à faire désirer le suicide comme dernier geste d'autonomie."

Bonne et belle lecture

JC Togrège
17/03/2016








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire